L’absence de règles claires aux Jeux Olympiques de Paris cause la zizanie dans la boxe féminine

écrit par

Date de publication

Dernière mise à jour

Au moment de la publication de cet article, les athlètes Imane Khelif et Lin Yu-ting avaient remporté l’or olympique en boxe féminine dans leurs catégories de poids respectives et avaient été les porte-drapeaux de leur pays lors de la cérémonie de clôture. Des tests auraient montré que les deux athlètes possédaient des chromosomes XY (mâles).

Difficile d’échapper au tollé médiatique que suscite la participation d’Imane Khelif et de Lin Yu-ting aux compétitions olympiques de boxe féminine à Paris. Propos blessants envers les athlètes d’un côté, accusations de discrimination, de racisme, voire de complots, de l’autre. Comment expliquer ce gâchis? Le Comité International Olympique (CIO) n’en est-il pas le responsable?

Rappelons les faits

Khelif et Yu-ting ont été disqualifiées des Mondiaux de New Delhi en mars 2023 en raison de deux tests reçus par l’association internationale de boxe (IBA). Ces tests auraient établi leur inéligibilité à concourir dans une catégorie féminine en raison de chromosomes masculins XY et de niveaux de testostérone se situant dans la fourchette masculine. Cette disqualification ne fut pas portée en appel par les intéressées.

An action shot from an Olympic boxing match (Paris 2024). Imane Khelif in red gear with an Algerian flag patch on his jersey throws a right-hand punch that connects with his opponent's blue headgear. The opponent,  Luca Hamori, wearing blue gear with a visible tattoo on her upper arm, is caught mid-impact. Both are inside a boxing ring with white ropes visible in the background.
Imane Khelif à gauche et la Hongroise Anna Luca Hamori à droite
Photo : Peter Cziborra, Reuters

Or, le CIO ayant retiré la reconnaissance de l’IBA pour des raisons de mauvaise gouvernance, cette décision n’a pas été reconduite pour les Jeux Olympiques (JO) de Paris. Le porte-parole du CIO a même spécifié qu’il mettait en doute la légitimité des tests.

Ceci soulève la question suivante : si le CIO doute de la validité des tests réalisés et s’il refuse d’imposer de nouveaux tests, sur quels faits se base-t-il pour affirmer que ces deux athlètes satisfont aux exigences de la catégorie féminine?

Une règlementation floue

Il faut savoir que le CIO a revu en 2021 son règlement, remettant désormais aux fédérations internationales le fardeau de déterminer l’éligibilité olympique à la catégorie féminine. Les fédérations sportives se sont exécutées, avec plus ou moins de cohérence, et au prix de nombreuses controverses.

Dans le cas de la boxe, la fracture entre le CIO et l’IBA a eu pour effet de déléguer cette responsabilité aux fédérations nationales de boxe et à leurs comités nationaux olympiques respectifs, ainsi qu’aux unités de boxe mises en place par le CIO. Or, puisqu’il n’y a pas d’organe de gouvernance unique et que les critères utilisés varient d’un pays à un autre, rien ne permet, ici non plus, d’affirmer que les athlètes en question sont des femmes ou, comme le suggèrent les résultats des tests, des hommes atteints d’une différence de développement sexuel (DDS) liée à la condition de déficit en 5-alpha réductase (5-ARD).

Les responsables du CIO ont déclaré dans un communiqué que « le genre et l’âge des athlètes sont déterminés sur la base de leur passeport. ». Or, la mention sur le passeport ne permet pas de trancher dans ce cas car si les personnes qui présentent la condition 5-ARD sont souvent reconnues filles à la naissance en raison d’organes génitaux externes qui ne sont pas distinctement masculins ou féminins, elles vivent ensuite une puberté masculine qui leur confère les avantages physiologiques masculins, et produit des taux de testostérone dans la fourchette masculine normale.

Cette condition DDS, constatée chez la championne du 800 mètres Caster Semenya, justifie qu’on l’ait contrainte d’abaisser son taux de testostérone afin de pouvoir concourir contre des femmes. En athlétisme féminin, les personnes avec la condition 5-ARD conservent le droit de compétitionner avec les femmes mais sous réserve d’abaisser leur taux de testostérone (à 5 nml/ par litre de sang jusqu’en 2018, puis à 2.5 nml/L). Ces taux maximaux demeurent toutefois bien au-dessus des plages de testostérone produites naturellement par les femmes et ne résolvent pas les nombreux enjeux reliés aux multiples avantages physiologiques acquis à la puberté.

Qu’en est-il des compétitions de boxe des JO de Paris 2024? Aucune restriction sur l’éligibilité de ces personnes n’est mentionnée dans les règlements.

Comment dès lors être insensible au désarroi des boxeuses devant affronter des adversaires qui pourraient avoir bénéficié des mêmes avantages physiologiques apportés par la puberté masculine?

Quelle solution pour des compétitions sécuritaires et sans discrimination?

Il est important de préciser que ni Khelif ni Yu-ting ne sont à blâmer, ni ne devraient subir un tel harcèlement médiatique. En effet, les deux athlètes ont eu l’autorisation du CIO et ne sont coupables, ni de mensonge ni de tricherie. La faute incombe d’abord et avant tout aux responsables du CIO qui n’ont pas su émettre de règles équitables et sécuritaires pour les femmes, qui ne font rien pour dissiper les malentendus, et suscitent ainsi un sentiment d’injustice, des accusations à l’emporte-pièce et la foire d’empoigne qui déshonore ce rendez-vous planétaire.

A dramatic action photo of a boxer entering an arena, wearing a red boxing jersey with a shield logo, white-and-red shorts with a "KO Main Event" waistband, red boxing gloves raised in a guard position, and short bright orange hair. She has visible tattoos on one shoulder/arm and a neck tattoo, with a dark shawl-like garment draped over one shoulder. Behind her, a man in a red shirt with a towel over his shoulder and a teenager in a white shirt walk alongside her; red-lit stage scaffolding and decorative elements are visible in the background, suggesting a themed boxing event entrance.

Boxeuse du Québec, Katia Bissonnette
Photo : Maxime Amyot/BSL Boxing Academy

Ce que demandent les boxeuses, comme la québécoise Katia Bissonnette qui songe à abandonner la boxe tant le risque pour sa sécurité lui semble élevé, c’est que le CIO et toutes les fédérations de boxe prennent les mesures qui s’imposent afin d’empêcher qu’elles ne puissent se retrouver face à des adversaires possédant les avantages physiologiques masculins.

Le refus de CIO d’effectuer des tests génétiques pour confirmer le sexe, paradoxalement justifié au nom de l’ouverture à la « différence », consacre en fait une grave injustice dont les femmes sont les seules à subir les conséquences tout en mettant en péril leur sécurité, voire, à terme, la survie même de certaines compétitions proprement féminines.

Abonnez-vous à Gender Dissent

Recevez nos derniers articles directement dans votre boîte de réception.

Nous respectons votre vie privée et n'envoyons pas de spam ! Pour en savoir plus, consultez notre politique de confidentialité.

Partagez cette publication

PUBLICATIONS RÉCENTES

Ottawa remet le gai image titre - F

Ottawa remet le gai dans la fierté

Katherine Jameson Digby
Reportage sur le défilé Fierté dans la Capitale 2026 Depuis 2020, le défilé annuel Fierté dans la Capitale d’Ottawa, se voit secoué par les forces...
112
Ottawa Uni Contre la Haine — Ou « Les femmes qui apprennent à être plus empathiques »

Ottawa Uni Contre la Haine — Ou « Les femmes qui...

Aux premières heures de la matinée du 16 juin 2026, je me suis trouvée à vélo, traversant Ottawa en direction du Centre Lakeside Ron-Kolbus,...
257
Demandez n’importe quoi à une personne trans (Mais seulement si vous êtes d’accord avec eux

« Demandez n’importe quoi à une personne trans » (Mais seulement...

Cet article a été initialement publié sur le Substack de Raven Maverick le 4 mai 2026. Le jeudi 30 avril 2026, Okotoks Pride en partenariat avec...
96
Mayday dans la capitale du Canada — ou, Les jeunes sur la colline (ne vont pas bien)

Mayday dans la capitale du Canada — ou, Les jeunes sur...

Le 5 mai 2026, l'événement inaugural « Mayday Canada — Enfants en crise ! » a réuni à Ottawa des figures majeures du milieu,...
122